L'artiste en ethnographe
Samedi 26 Mai 2012

Musée du quai Branly
Symposium/Rencontres de 10h à 18h

Entrée libre, Auditorium
Traduction simultanée anglais/français

10h – Ouverture, introduction
Aliocha Imhoff & Kantuta Quiros (curateurs et critiques d’art, Paris)

10h30 – Autoréflexivité et expérimentation

Comme l’a montré Catherine Russell dans l’ouvrage Experimental Ethnography (1999), riches sont les recoupements entre l’histoire du film ethnographique et celle du cinéma expérimental. De par sa propension à l’autoréflexivité, le cinéma expérimental a notamment pu ouvrir à une décolonisation de l’oeil de l’ethnographe et une démultiplication des points de vue, inventant des dispositifs pour dénaturaliser l’évidence du visible et retracer les phénomènes du terrain non solubles dans la narration.

Modération: Erik Bullot, cinéaste, théoricien, ENSA Bourges- EESI

Trinh T. Minh Ha, cinéaste, théoricienne, Université de Californie, Berkeley
The politics of form and forces
Née en 1952 à Hanoï au Vietnam, Trinh T. Minh-ha est à la fois cinéaste, écrivain, ethnologue, universitaire et compositrice. Elle a acquis une renommée internationale pour son cinéma indépendant, sa défense de la cause féministe et ses théories post-coloniales. Elle réalise des films depuis plus de vingt ans et s’est vue attribuer de nombreux prix et distinctions. En 1982, son film Reassemblage, réalisé au Sénégal, marque l’histoire du cinéma en s’inscrivant dans une rupture formelle et idéologique avec le documentaire ethnographique traditionnel. Le travail de Trinh T. Minh-ha s’apparente dès lors à un cinéma d’avant-garde qui interroge la représentation de la figure féminine non-occidentale et renverse les habituels stéréotypes du film anthropologique. Son cinéma gagne également à être lu à la lumière de ses nombreux écrits théoriques qui articulent très tôt les notions de féminisme et de postcolonialisme (Woman Native Other, Writing, Postcoloniality and Feminism paraît en 1989) et qui sont aujourd’hui des références théoriques incontournables dans ces domaines. Parlant de ses films réalisés au Sénégal, au Viêtnam, en Chine et au Japon, l’artiste souligne : "Mon travail, poétique et politique, questionne l’idée de frontières. Il est une expérience des limites. Il est réalisé à la lisière de plusieurs formes de cultures, de genres, de disciplines et de créations (visuelle, musicale, verbale…), chacune constituant sa propre étude de ces frontières."
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Karen Mirza & Brad Butler, artistes, Londres
The Exception and the Rule
La pratique artistique de Karen Mirza et Brad Butler est pluridisplinaire entre cinéma, dessin, installation, photographie, performance, édition. Leur travail interroge des termes tels que la participation, la collaboration, le tournant social et les rôles traditionnels de l’artiste en tant que producteur et le public en tant que destinataire. Karen Mirza et Brad Butler sont également activement impliqués dans la scène artistique londonienne depuis plus de treize ans et ont participé à de nombreuses expositions dans les principales institutions en Europe et à l’étranger. Ils ont récemment été lauréats du Festival du film de Chicago 2010 et Video Festival et ont été nominés pour le Prix 2010 Transmediale Berlin. Brad Butler et Karen Mirza utilisent la grammaire et les outils du cinéma structurel, pour les ressaisir dans le cadre d’une référentialité liée aux sciences sociales. Si leur cinéma est empreint d’une recherche quasi-sculpturale et architecturale (s’intéressant aux mouvements de caméra, à la spatialisation du son, aux dispositifs de projection dans l’espace d’exposition, via l’installation ou l’expanded cinema, etc), ils utilisent le cadre conceptuel du film structurel, non tant pour s’interroger sur la matérialité du film que pour en révéler les conditions de production. Plus encore, ils s’intéressent à ce qui survient au film structurel quand cette forme iconographique occidentale est confrontée à un contexte postcolonial.
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Morad Montazami, historien de l’art, Paris
Juan Downey ou la naissance de l’ethnographie expérimentale
Morad Montazami est historien de l’art, boursier du musée du quai Branly en 2011-2012. En doctorat à l’École des hautes études en sciences sociales, où il travaille sur les « Poétiques et politiques de l’enquête dans l’art contemporain », il est l’auteur de plusieurs articles dans des ouvrages collectifs comme Face au réel. Éthique de la forme dans l’art contemporain (2008) ou Luciano Fabro. Habiter l’autonomie (2010), il a écrit sur les artistes Jordi Colomer, Jeremy Deller, Philippe Bazin, Peter Watkins, Allan Sekula, Walid Raad… Il collabore avec la revue ArtPress et il est le rédacteur en chef de la revue Zamân (Textes, images & documents).

14h – Contrats et enjeux de pouvoir

Nombreux furent les débats internes à l’anthropologie pour décoloniser le regard scientifique sur les sujets observés. Des célèbres thèses de James Clifford, proposant de considérer l’ethnographie comme un « agencement hiérarchique de discours », au « déni de co-temporalité » pointé par Johannes Fabian, les bases théoriques ne manquent pas. Les artistes contribuent à reposer les questions d’autorité (discours monologique, dialogique, polyphonique, etc.) poussant l’autocritique jusqu’à s’inclure eux-mêmes dans les structures du pouvoir.

Modération : Giovanna Zapperi, historienne de l’art, ENSA Bourges


George Marcus, anthropologue, UC Irvine, Californie
The Near Future of the Ethnographic Form: Ethnocharrettes and Installations
George Marcus est le codirecteur de l’ouvrage Writing Culture (University of Chicago Press, 1986, avec James Clifford) proposant non seulement une importante critique de l’anthropologie et des thèses désormais célèbres sur les poétiques et les politiques de l’ethnographie – cherchant notamment à retrouver les « voix » de ceux qu’elle observe sur le terrain. Particulièrement attentif aux innovations artistiques, son projet est explicitement collaboratif et propose des dispositifs tels que l’ethnographie « multi-située » dans Ethnography through Tick and Thin, Princeton University Press, 1998. Citons également parmi les ouvrages dirigés, Anthropology as Cultural Critique: An Experimental Movement in the Human Sciences, University of Chicago Press, 1986 (avec M. Fischer).
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Ariella Azoulay, philosophe et photographe, Université de Tel-Aviv
L’artiste comme citoyenne
Ariella Azoulay enseigne la culture visuelle et la philosophie contemporaine à l’Université Bar Ilan en Israël. Elle est a collaboré à de nombreux ouvrages collectifs qui portent sur la photographie, parmi lesquels Death’s Showcase: The Power of Image in Contemporary Democracy (MIT Press, 2001) ; Once Upon a Time: Photography Following Walter Benjamin (Bar Ilan University Press, 2006) et Testimony (Aperture, 2007). À travers les images bouleversantes qu’elle nous offre sur les grands conflits qui marquent le monde d’aujourd’hui, elle donne à la photographie toute sa capacité à faire naître l’émotion et la compréhension. Son dernier livre, The Civil Contract of Photography, a été publié aux éditions Zone Books en 2008. Dans ce livre novateur, Ariella Azoulay offre une nouvelle réflexion fascinante sur le statut politique et éthique de la photographie. Dans son état des lieux passionnant du « Contrat civil » de la photographie, elle revisite longuement notre compréhension des relations de pouvoir qui nourrissent et rendent possibles les significations photographiques. La photographie, insiste-t-elle, doit être pensée et comprise comme inséparable des nombreuses catastrophes de l’Histoire contemporaine. Ariella Azoulay avance que la photographie est un mode particulier de relation entre les individus et le pouvoir qui les gouverne, et, qu’elle est en même temps une forme de relation entre des individus égaux qui limitent ce pouvoir. Son livre montre comment quiconque – même un apatride – qui s’adresse aux autres à travers les photographies ou occupe la position de destinataire du photographe, est, ou peut devenir, un citoyen s’inscrivant dans l’ensemble des citoyens de la photographie.
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Faye Ginsburg, anthropologue, New York
Australia’s Indigenous New Wave
Faye Ginsburg est Directrice du Center for Media, Culture and History à la New York University où elle aussi Professeure d’Anthropologie et co-directrice du Center for Religion and Media. Son travail s’attache à l’activisme culturel comme mode de transformation sociale et aux réappropriations indigènes des médias audiovisuels. En 2005, elle a co-curaté First Nations/First Features, au Museum of Modern Art, New York; et au National Museum of American Indian, Washington. Elle a écrit/dirigé cinq livres, dont Media Worlds: Anthropology on New Terrain (edité avec  Lila Abu Lughod et Brian Larkin, University of California). Elle achève actuellement Mediating Culture: Indigenous Media in a Digital Age (Duke University Press).
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T.J. Demos, historien de l’art moderne et contemporain, Université de Londres, UCL
Poverty Pornography and Institutional Critique: The Case of Renzo Martens
T.J Demos est professeur d’histoire de l’art moderne et contemporaine à UCL (University College London). Ses recherches portent sur les rapports art et politique, notamment les fonctions de l’art documentaire dans les contextes de crise ou de reconfigurations politiques et de déplacements migratoires. Il étudie également les « spectres » du colonialisme dans l’art contemporain et les stratégies créatives qui questionnent les rapports de pouvoir en place. Il est l’auteur d’importants articles dans les revues telles que October, Grey Room, Artforum, Text zur Kunst, et publié les ouvrages The Exiles of Marcel Duchamp (MIT Press, 2007), et Dara Birnbaum : technology/Transformation, Wonder Woman (MIT Press, 2010). Il travaille actuellement sur deux ouvrages sur l’art contemporain et la mondialisation : The Migrant Image: The Politics of Documentary Art During Global Crisis (Duke University Press) et Return to the Postcolony: Spectres of Colonialism in Contemporary Art (Sternberg Press). Parmi ses récentes publications: “Poverty Pornography, Humanitarianism, and Neoliberal Globalization: Notes on Some Paradoxes in Contemporary Art,” (on Renzo Martens’ Episode III: Enjoy Poverty).
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