Le Procès
de la Fiction
Procès fictif de la frontière entre fait et fiction
Dans le cadre de la Nuit Blanche 2017
Quand : le samedi 7 octobre 2017 de 19h à 2h du matin
: dans la salle du Conseil de Paris, Hôtel de Ville
Entrée par le 5, rue Lobau, 75004 Paris

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Informations pratiques
Quelques photos du procès



Le procès de la fiction

Un procès fictif de la frontière entre fait et fiction

Quand : le samedi 7 octobre de 19h (précises) à 2h du matin.
 :     Dans la salle du Conseil de Paris, Hôtel de Ville
Entrée par le 5, rue Lobau, 75004 Paris
Entrée libre et en streaming en direct sur Internet (cliquez ici)
L’entrée du public se fera à 18H30. Nous recommandons donc de venir en amont.

Une proposition d’Aliocha Imhoff
et Kantuta Quirós
Conseil scientifique et avocats 
: Françoise Lavocat, Alison James, Alexandre Gefen, Laurent de Sutter, Dorian Astor, Fabien Danesi.

Production Nuit Blanche 2017 (sous le commissariat général de Charlotte Laubard).

À l’heure des “faits alternatifs” prônés par l’administration Trump et de l’usage généralisé du storytelling par la classe politique, à l’heure de la mise en accusation et la judiciarisation de nombreux écrivains auxquels on reproche de trop mélanger réalité et fiction, à l’heure de l’émergence des “nouveaux réalistes” dans le champ philosophique, à l’heure d’un nécessaire retour au réel, sans cesse réaffirmé dans le débat public, un procès fictif, sous la forme librement inspirée d’un procès d’assises, propose de débattre et de délibérer sur la nécessité et la réalité d’une frontière entre fait et fiction.

Ces dernières années ont été, en effet, une nouvelle fois le théâtre de nombreux débats et polémiques sur la porosité de la frontière entre fait et fiction. Que l’on se rappelle par exemple les vives controverses autour des livres de Yannick Haenel, Jan Karski et de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, qui réouvraient le spectre des débats épistémologiques sur l’écriture de l’histoire autant que sur les savoirs de la littérature et ravivaient de plus belle la querelle du narrativisme historiographique menée par l’historien Carlo Ginzburg à l’encontre d’Hayden White, notamment. Que l’on prenne acte, également, des procès en fact-checking d’écrivains de fictions tels qu’Edouard Louis – qui ne cesse d’affirmer que « tout est vrai », en dépit du prédicat fictionnel « roman » apposé sur ses ouvrages -, ceux de l’autofiction et la passionnante affaire Camille Laurens/Marie Darrieussecq – la première accusant la seconde de « plagiat psychique » – ou encore ceux du droit des personnages (procès de Christine Angot, Marcella Iacub, Régis Jauffret, parmi tant d’autres), comme autant de témoins d’une inquiétante fragilisation de la frontière entre fait et fiction pour les uns, d’une agentivité accrue de la littérature et de son action sur le réel pour les autres. Que l’on prenne acte, dans le champ du journalisme, face à la multiplication des fake-news, du recours, sans doute nécessaire, aux fact-checkersDecodex pour le Monde, Desintox pour Libération, ou bien encore dès 2009, PolitiFact alors lauréat du Prix Pulitzer – mais qui place, désormais, comme aura pu le dénoncer Frédéric Lordon, le Fait, comme l’horizon du journalisme et non plus comme ce qui le précède – signant la confirmation d’un journalisme post-politique. Que l’on prenne acte, dans le champ philosophique, du grand retour du réalisme, du « réalisme spéculatif » initié en France par Quentin Meillassoux et ses émules anglo-saxons, du réalisme « des choses » de Tristan Garcia, du réalisme « contextuel » de Jocelyn Benoist, et d’autres encore (Markus Gabriel, Maurizio Ferraris, Jane Bennett, etc.) et qui, comme le diagnostiquerait un autre réaliste contemporain, Pascal Engel, se sont formés à la fois contre la peur d’avoir « perdu le monde » et en réaction aux supposées dérives panfictionalistes pour qui toute la réalité ne serait que construction sociale et, in fine, fiction – de Baudrillard (« Le guerre du Golfe n’a pas eu lieu ») à Nietzsche (« Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations ») en passant par Derrida ou Lacan (« La vérité a structure de fiction »).

Death of Evidence march, Ottawa, 2012

En 2016, la théoricienne de la littérature Françoise Lavocat publiait « Fait et Fiction. Pour une frontière » (Seuil), ouvrage dans lequel celle-ci affirmait la nécessité de défendre cette frontière dont la réputation est d’être définitivement brouillée au coeur des pratiques contemporaines, que l’on pense aux cosplays et autres jeux de rôle grandeur nature, au cinéma documentaire, à la littérature factualiste, aux formes de simulation contemporaine, au théâtre sans théâtre, etc.

Dans ce contexte, quels sont les héritages de la Déconstruction, du panfictionnalisme et du constructivisme radical, que reste-t-il, plus encore, de la performativité des récits et des contre-fictions, de la valeur cognitive de la fictionalité ou encore de l’héritage des épistémologies postcoloniales qui ont réévalué la valeur des mythes et de la fabulation, que reste-t-il des historiographies narrativiste, fictionnaliste et expérimentale et de toutes ces méthodologies faisant la belle part à une histoire des possibles ? Nous faudrait-il désormais affirmer, collectivement, la nécessité de régime cognitifs distincts, nous faudrait-il sauver la frontière entre fait et fiction ?

L’Accusation sera portée par Françoise Lavocat, Alison James et Alexandre Gefen (théoriciens de la littérature) contre ceux qui, depuis plusieurs décennies, travaillent à ce grand brouillage entre fait et fiction. La Défense sera représentée par Laurent de Sutter, Dorian Astor et Fabien Danesi (philosophes et essayistes).

Le procès opposera ainsi les « différentialistes » (que la défense appellerait plutôt, moins gentiment, les « ségrégationnistes ») aux ​ « intégrationnistes » (que l’accusation appellerait plutôt, plus méchamment, les « confusionnistes »).  

Avocats de la défense et de l’accusation s’adjoignent de nombreux témoins et experts appelés à la barre comme autant de voix qui s’élèvent pour penser cette question qui dépasse les controverses actuelles. Parmi eux, Claudine Tiercelin (philosophe), Laurent Binet (écrivain)​, Maylis de Kerangal (écrivaine), Yannick Haenel (écrivain, sous réserve), Romain Bertrand (historien), Jacques Rancière (philosophe, sous réserve),  Eric Chauvier (écrivain et anthropologue), Pascal Engel (philosophe), Pacôme Thiellement (écrivain), Mathieu Simonet (avocat et écrivain), Nancy Murzili (théoricienne de littérature), Quentin Deluermoz (historien), Thomas Mondémé (théoricien de littérature), Camille de Toledo (écrivain), Nadia Yala Kisukidi (philosophe), Dominique Viart (théoricien de littérature), Anna Arzoumanov (théoricienne de littérature), Dominique Cardon (sociologue), Olivier Caïra (sociologue), Pascale Piolino (neuroscientifique). Avec la participation de Jason Karaïndros & Jakob Gautel (artistes) et Alexis Constantin (cinéaste).

La cour sera présidée par Caroline Broué (productrice à France Culture) et Mathieu Potte-Bonneville (philosophe), Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós seront assesseurs des juges, Ella Bellone incarnera l’huissière de justice. Le jury sera composé de participants à la Nuit Blanche.

Le procès de la fiction, le peuple qui manque, Nuit Blanche, 2017

Le procès de la fiction, le peuple qui manque, Nuit Blanche, 2017, courtesy Marc Dommage

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Extraits de la revue de presse

  • Lire la double page dans Libération, du 6 octobre 2017
  • Chronique de Mathilde Serrell (France Culture), 3 octobre 2017
  • « (…) le projet le plus attendu de la Nuit Blanche sera le Procès de la fiction (…) », Les Inrocks, 6 octobre 2017 (Jean-Marie Durand)
  • « (…) remake d’un Faites entrer l’accusé (…) Une performance pleine d’humour et de sens… », Télérama
  • « Responsable mais pas coupable : le verdict du Procès de la fiction », Le Magazine littéraire (Alice Chomy)
  • « Le procès de la fiction », parmi les 10 meilleures expositions du best-of 2017, des Inrocks, selon Jean-Marie Durand, 19 décembre 2017
  • « Le procès de la fiction », parmi les meilleurs événements de 2017, selon la revue scandinave Kunstkritikk et Sinziana Ravini, 23 décembre 2017
  • « Le procès de la fiction », l’événement de parole de 2017, selon Le Monde, Catherine Portevin et Jean-Max Colard,  in Le savoir en libre circulation, Catherine Portevin, Le Monde Supplément Idées, 26 janvier 2018
    « Partout, artistes et chercheurs multiplient les approches, les idées descendent des estrades, montent sur les planches, s’exposent au musée, se discutent dans les rues, s’invitent la nuit dans les bars. »
    « (…) Ailleurs, le débat se scénarise en fiction de procès comme le gigantesque « procès de la fiction » qui s’est tenu sept heures durant dans la salle du Conseil de la Mairie de Paris, lors de la Nuit Blanche, en octobre 2017. « Le procès de la fiction » (visible sur le web ») imaginé par le duo de curateurs le peuple qui manque. Avec tout le décorum et la solennité requis, philosophes, historiens, écrivains, journalistes ont instruit de façon aussi savante qu’originale la cause du réel, de l’écriture de l’histoire, de la liberté de création, la responsabilité de l’écrivain, de la post-vérité et des « fake news ».
    « Il n’y a pas beaucoup de rendez-vous intellectuels qui vous tiennent ainsi éveillés. » a déclaré l’écrivain Vincent Message. « Ce fut l’événement de parole de 2017 », renchérit le curateur et critique d’art Jean-Max Colard, qui a pris la tête en 2016 du Service de la parole au Centre Pompidou. (…) ».
  • Le procès de la f(r)iction par Sinziana Ravini, L’art même, mars 2018
    « J’ai toujours eu la conviction qu’il n’y a que deux sortes d’artistes dans le monde. Ceux pour qui le réel, c’est l’impossible, une chose immuable et aliénante qui nous piège et nous rattrape, tel le désert de Matrix, qui se présente comme la métaphore du capitalisme, la réalité ultime derrière toutes les apparences, et ceux qui conçoivent le réel comme une pâte à modeler. Le peuple qui manque appartient sans aucun doute à cette deuxième catégorie. À l’instar d’Hamlet, qui utilise la mise en abyme pour dévoiler et combattre les injustices de la cour royale, le peuple qui manque parvient à la fois à décrypter et redéfinir les enjeux esthétiques et politiques de nos jours. Pour que la vérité éclate — et dans les œuvres du peuple qui manque, il y a toujours une quête de vérité éclatante -, il s’agit de passer de “la mise en scène de soi” au “dévoilement de l’autre”, tout en gardant une dialectique permanente entre le moi et l’autre. Cette dialectique, on la retrouve déjà dans la constitution même du peuple qui manque, créé par Aliocha Imhoff & Kantuta Quirós, deux penseurs d’une grande inventivité et générosité intellectuelle, qui ne se contentent pas de remuer les doigts dans les plaies de la société. Imhoff & Quirós sont aussi munis d’un désir curatif, la volonté de révéler ce qui manque à la société : des micro-utopies ludiques et discursives qui s’emparent des conflits intellectuels contemporains. Le peuple qui manque semble toujours en quête d’un collectif à venir, sachant comme Deleuze, qu’“Il n’y a pas d’œuvre d’art qui ne fasse pas appel à un peuple qui n’existe pas encore”, mais à la différence de beaucoup d’artistes qui traitent le collectif comme une masse décorative réduite à la consommation passive d’un récit pré-écrit, les participants à leurs aventures collectives sont invités en tant que protagonistes d’une fabrique de f(r)ictions. Si le conflit est leur moteur, la grande question qui semble s’imposer est la suivante : comment entretient-on un conflit fructueux au sein d’une société depuis longtemps déchirée entre des positions radicalement opposées ? Comment passe-t-on d’un conflit antagoniste (qui renforce les positions de chacun) à un conflit agonistique (qui réussit à respecter l’irrationalité inhérente aux conflits humains) si on utilise les fameux concepts de Chantal Mouffe? C’est en créant des règles de jeu bien définies. Mais le conflit pour l’amour du conflit n’est qu’un leurre. Le véritable souci du peuple qui manque est, selon nous, de montrer la vanité de tels combats, à travers des dispositifs susceptibles de réconcilier les plus grands agôns de tous les temps : l’humour et le sérieux, créant ainsi des passerelles entre les jeux de société dadaïstes, surréalistes ou pataphysiciens et les batailles esthétiques et éthiques contemporaines. Il arrive que leurs performances prennent des dimensions spectaculaires, comme leur dernier exploit, Le procès de la fiction, qui s’est déroulé à l’Hôtel de Ville de Paris lors de la Nuit Blanche, en octobre dernier, où les écrivains, philosophes et chercheurs les plus brillants et farfelus de la scène française, s’assemblèrent sous l’égide d’un procès fictif de la fiction et ses prétendues frontières. (…) »
    Lire l’article complet, page 32, de l’art même n°75

Sur les réseaux sociaux, quelques commentaires publics
« Extraordinaire projet ; tellement intelligent (et drôle) » (Jean-Marie Durand, journaliste)
« Fleuve, magistral et jouissif » (Guillaume Aubry, artiste)
« Un dispositif brillant » (Frank Smith, poète et artiste)
« Une œuvre en soi » (Jean-Charles Massera, artiste et écrivain)
« Carrément jouissif ce thriller intello » (Alain Umhauer, acteur)
« Il n’y a pas beaucoup de rendez-vous intellectuels qui vous tiennent ainsi éveillés, et je crois qu’on peut saluer ce qui a véritablement été un événement. » (Vincent Message, écrivain)
« Ludique sans être cabotin, intense sans être pesant, stimulant sans être écœurant, éprouvant sans être soporifique… » (Jérémie Desjardins, programmateur)

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