Arte no es el enemigo / Art Is Not the Enemy

Graphics of Tricontinental Dissents from the OSPAAAL

Exposition
à La Colonie
128, rue La Fayette, 75010 Paris
Commissariat : Aliocha Imhoff & Kantuta Quirós

Du 17 octobre au 17 novembre 2018

A l’intersection du graphisme et de la solidarité internationale, l’OSPAAL (l’Organisation pour la Solidarité des Peuples d’Asie, d’Afrique, et d’Amérique Latine), basée à la Havane, a produit, entre 1966 et 1990, près de 500 affiches, revues et livres, en soutien aux mouvements d’autodétermination des pays du Sud, montrant de manière succincte et élégante les résistances globales contre le colonialisme et l’impérialisme américain.  Une sélection d’affiches cubaines, devenues des références internationales pour leurs innovations graphiques, est exposée à la Colonie à partir du 17 octobre 2018, faisant entendre la voix des peuples non-alignés.

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En 1966, la conférence de Solidarité des Peuples d’Asie, d’Afrique, et d’Amérique Latine (OSPAAAL) se tint à La Havane. Plus de 500 délégués représentants 82 délégations, 28 pour l’Asie, 27 pour l’Afrique, 27 pour l’Amérique latine. Pendant dix jours, allait s’opérer la jonction des mouvements révolutionnaires afro-asiatiques et latino-américains. Dans une ambiance festive, elle fut l’occasion d’échanger sur les différentes expériences révolutionnaires et fut prise la décision de créer une revue au service des luttes des trois continents : la Tricontinental, dont le premier numéro vit le jour à La Havane au printemps 1967. Offrant une iconographie de la révolution mondiale à travers ses affiches aux couleurs électriques qu’elle distribuait dans les pages du magazine, qui, à son apogée – en 1989-, était diffusé en quatre langues (anglais, espagnol, français, arabe) à 30 000 exemplaires et envoyé à 87 pays, l’OSPAAL créa le système de distribution d’affiches politiques le plus efficace au monde.

Les années 60 sont les « années utopiques », une ère de grande explosion culturelle à Cuba, pas seulement dans les arts graphiques, mais aussi dans le cinéma, le théâtre, la musique et les arts visuels. « C’était la période libérale de la révolution cubaine, un moment d’euphorie et de rêves et de grande énergie culturelle et politique » rappelle Gerardo Mosquera » avant que Cuba ne rentre dans l’orbite soviétique et l’ère des bureaucrates » et des désillusions qui viendraient flétrir les aspirations révolutionnaires.

Face à la rareté des moyens matériels, les graphistes cubains répliquent par la recherche de nouvelles formes, utilisant, sur le modèle de la guérilla cubaine, le « meilleur d’une technologie limitée ». Ancrés dans une culture caribéenne cosmopolite, héritiers des avant-gardes des années 1950, les artistes de l’OSPAAL se tinrent loin du réalisme socialiste de leurs contemporains soviétiques et chinois, faisant plutôt appel à l’humour, à la satire, au collage photographique, à un style Pop Art sophistiqué et coloré, signe d’un tropisme cubain romantique et baroque qui n’était pas sans rappeler le modernisme cubain d’un Wifredo Lam et ce « culte de l’énergie » qu’évoquera tendrement Jean-Paul Sartre.

Les affiches reflètent les luttes de l’époque, à travers les trois continents, particulièrement au Vietnam, à Saint-Domingue, au Congo, dans les colonies portugaises, en Rhodésie du Sud, en Palestine et dans le Sud-arabique et les solidarités des peuples des trois continents dans les domaines économiques, social et culturel. En 1966, l’euphorie des indépendances du début de la décennie en Afrique a laissé place à une série de contre-offensives et de reprises en main et d’assassinat des leaders politiques et syndicaux des mouvements tiers-mondistes.  A quelques exceptions près, la plupart des pays indépendants restent liés aux anciennes puissances coloniales politiquement et économiquement.

Ainsi que le rappelle l’historien Olivier Hadouchi, « L ’image du guérillero, souvent l’arme à la main, du « damné de la terre » partant « à l’assaut du ciel » pour paraphraser à fois Marx et Fanon, se retrouve au centre de l’univers esthétique de la Tricontinentale. Mais (…) Point d’hommes de marbre, d’athlètes aux corps massifs dans les représentations picturales (films ou illustrations) de la Tricontinentale. L’aspect collectif, inventif et dynamique d’une lutte se déroulant souvent dans des conditions inégales (David contre Goliath) est mis en relief (…) »

La conservation, c’est l’usage

En voyageant à Cuba dans les années 1980, l’archiviste et activiste Lincoln Cushing constate que malgré leur importance, il n’existe pas d’archives ni même d’inventaire des affiches de l’OSPAAAL.  A l’instar de nombreuses coopératives américaines qui conservent, de manière indépendante, le patrimoine graphique et la mémoire culturelle des luttes politiques du 20ème siècle, il passe alors près de vingt ans à compiler, numériser, inventorier des affiches politiques cubaines, chinoises, américaines, affiches représentant une véritable histoire mondiale des contre-cultures et des mouvements insurrectionnels. Si Lincoln Cushing est historien, auteur de nombreux livres et archiviste professionnel pour diverses institutions (pour Kaiser Permanente, l’U.C. Berkeley’s Bancroft Library, l’U.C. Berkeley’s Institute of Industrial Relations Library, etc.), il réfléchit surtout à une politique de l’archive démocratique à l’ère numérique, dont le mot d’ordre pourrait être « la conservation, c’est l’usage ».  Avant même la fin de leur inventaire, et ouvrant la possibilité à une archive contributive, Cushing a ainsi rassemblé et mis à disposition les artefacts de ces affiches en ligne, les rendant accessibles, à tous, comme les artistes le voulaient à l’origine. 

Aliocha Imhoff & Kantuta Quirós

Bibliographie indicative
Lincoln Cushing, Revolution ! Cuban Posters, Chronicle Books; 1st Trade Pbk edition (April 1, 2003)
Lincoln Cushing, Cataloging as a political practice, The Stansbury Forum,2015
Armed by Design/El Diseño a las Armas: Publicaciones y Carteles Cubanos de la Organización de Solidaridad de los Pueblos de África, Asia y América Latina (OSPAAAL), Interference Archive, 2015
“Adiós Utopia: Dreams and Deceptions in Cuban Art Since 1950 Cisneros Fontanals Fundación Para Las Artes (CIFO Europa) and the Cisneros Fontanals Arts Foundation, CIFO USA, Museum of Fine Arts Houston and the Walker Art Center in Minneapolis,  cur. Olga Viso Mari Carmen Ramírez, René Francisco, Gerardo Mosquera, Elsa Vega. textes de Antonio Eligio (Tonel), Rachel Weiss, Iván de la Nuez, Elsa Vega, Gerardo Mosquera, et René Francisco.
Bachir Ben Barka, Les espoirs frustrés de la tricontinentale, revue Contretemps, avril 2018, communication prononcée lors de la séance inaugurale de « Mai 68 vu des Suds » 
Joelle Rebeiz, Art is Not the Enemy, Political Posters as a Tool for Change, in Armed by Design, 2015.
Olivier Hadouchi, Cinéma cubain et solidarité Tricontinentale / Cuban Cinema and Tricontinental Solidarity, Critical Secret, 2013.
Anne-Marie O’Connor, Color It Cuban, Los Angeles Times, 2004

Le titre de l’exposition fait référence à une maxime cubaine, de l’époque « Our Enemy is Imperialism. Not Abstract Art. » (Castro, 1977)

Remerciements
Lincoln Cushing, Kader Attia, La Colonie et son équipe (Alix Hugonnier, Lucas Erin, Pascale Obolo (Salon du livre des Afriques)

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