{"id":243,"date":"2009-10-05T20:06:14","date_gmt":"2009-10-05T19:06:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/entretien-sandra-monterroso.html"},"modified":"2023-11-11T16:01:08","modified_gmt":"2023-11-11T15:01:08","slug":"entretien-sandra-monterroso","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/2009\/entretien-sandra-monterroso\/","title":{"rendered":"An interview with Sandra Monterroso (2008)"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\">\n<div style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Nous reprenons ici l&#8217;entretien que nous avions publi\u00e9 sur le <a href=\"https:\/\/elles.centrepompidou.fr\/blog\/?p=169\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">blog elles@centrepompidou<\/a> <\/strong><\/em><\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le cin\u00e9ma du Centre Pompidou propose un cycle consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre de femmes cin\u00e9astes qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire des images en mouvement. Mercredi 17 juin 2009 \u00e0 19h, Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff, critiques et commissaires ind\u00e9pendants, <em>proposent un programme consacr\u00e9 \u00e0 la vid\u00e9operformance f\u00e9ministe contemporaine en Am\u00e9rique latine.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce programme intitul\u00e9 \u00ab Art-action f\u00e9ministe \u2013 Panorama de la vid\u00e9operformance f\u00e9ministe contemporaine en Am\u00e9rique latine \u00bb est l\u2019occasion de montrer un aper\u00e7u in\u00e9dit en France de la sc\u00e8ne particuli\u00e8rement vivace et riche de la vid\u00e9operformance latino-am\u00e9ricaine,\u00a0 f\u00e9conde notamment en Bolivie (avec le collectif Mujeres Creando et\u00a0 Mar\u00eda Galindo) ou en Am\u00e9rique centrale, et tout particuli\u00e8rement au Guatemala, o\u00f9 les actions des artistes Sandra Monterroso et Mar\u00eda Adela Diaz (pr\u00e9sentes au Centre Pompidou ce 17 juin), ou Regina Jos\u00e9 Galindo (Lion d\u2019Or \u00e0 la Biennale de Venise en 2005), pr\u00e9sent\u00e9es lors de ce panorama, frappent par leur intensit\u00e9.<br \/>\nAu Guatemala, un renouveau de la performance a vu le jour \u00e0 partir de la moiti\u00e9 des ann\u00e9es 90, au moment o\u00f9 la guerre civile s\u2019achevait, et o\u00f9 les pr\u00e9misses du retour de la d\u00e9mocratie autoris\u00e8rent une r\u00e9appropriation des espaces publics. Cette \u00e9mergence fut principalement l\u2019\u0153uvre d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes femmes, qui \u00e9voqu\u00e8rent ensemble, dans une perspective ouvertement f\u00e9ministe et politique, la domesticit\u00e9, la subalternit\u00e9, mais aussi les ph\u00e9nom\u00e8nes migratoires, la m\u00e9moire du g\u00e9nocide, les s\u00e9quelles de la guerre civile. Leur pratique de la performance s\u2019accompagnait d\u2019un travail de vid\u00e9aste et de po\u00e8te, et leur po\u00e9tique faisait recours de mani\u00e8re m\u00e9taphorique \u00e0 une esth\u00e9tique du retournement du stigmate. Sandra Monterroso, n\u00e9e en 1974, est l\u2019une d\u2019entre elles.<br \/>\nSes vid\u00e9operformances n\u2019appartiennent pas au seul registre de la captation mais constituent autant d\u2019objets po\u00e9tiques, qui mettent en sc\u00e8ne, au travers de jeux de correspondance entre langues indig\u00e8ne (K\u2019ekchi\u2019, langue maya), coloniale (espagnole) et globale (anglais), les processus postcoloniaux et d\u2019interculturalit\u00e9 au Guatemala et leurs frictions et \u00e9carts avec une prise de conscience f\u00e9ministe. Dans l\u2019une d\u2019elles, <em>Tus tortillas mi amor. Lix Cua Rahro. <\/em>(2004), Sandra Monterroso se livre \u00e0 la confection r\u00e9p\u00e9titive et monotone du plat traditionnel guat\u00e9malt\u00e8que, les tortillas. Mais, durant ce long rituel, elle r\u00e9gurgite et vomit le ma\u00efs apr\u00e8s l\u2019avoir longuement m\u00e2ch\u00e9, avant de dessiner, dans le secret de la p\u00e2te, un c\u0153ur imbib\u00e9 de son sang. Des intertitres incrust\u00e9s \u00e0 m\u00eame l\u2019image et son soliloque se r\u00e9pondent, \u00e9voquant l\u2019ali\u00e9nation domestique, la peur, l\u2019amour, le couple, l\u2019abn\u00e9gation. Les dynamiques pr\u00e9sentes dans le travail de Sandra Monterroso, entre sentiment de culpabilit\u00e9 et \u00e9mancipation, repli et autonomie, mettent en tension le pr\u00e9sent et la tradition (<em>Culpa<\/em>, 2006). Au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 urbaine, hybride, o\u00f9 les cultures originaires, m\u00e9tisses et globales se r\u00e9pondent, et se m\u00e9langent, elles sont le th\u00e9\u00e2tre postmoderne d\u2019un d\u00e9chirement entre silence et voix subjective, d\u00e9sob\u00e9issance et loyaut\u00e9 identitaire, culturelle et linguistique (<em>Deformac\u00edon #33<\/em>). Ses vid\u00e9os sont ainsi la trace d\u2019une auto-prise de conscience, d\u2019un travail de sabotage des r\u00e9p\u00e9titions culturelles, autorisant le passage entre diverses langues, mondes, cosmovisions. Bref entretien avec l\u2019artiste autour d\u2019un autre paradigme f\u00e9ministe, ancr\u00e9 dans une r\u00e9alit\u00e9 guat\u00e9malt\u00e8que, dont elle esquisse les nouveaux agencements identitaires, fragmentaires et tiss\u00e9s de relation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Kantuta Quir\u00f3s &amp; Aliocha Imhoff | le peuple qui manque<br \/>\n<strong><span style=\"font-size: large;\"><br \/>\nENTRETIEN AVEC SANDRA MONTERROSO<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Artiste guat\u00e9malt\u00e8que, n\u00e9e en 1974<br \/>\nVit et travaille \u00e0 Guatemala Ciudad<br \/>\nPropos recueillis par Kantuta Quir\u00f3s &amp; Aliocha Imhoff<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Dirais-tu que ton travail est le lieu d\u2019un conflit entre tradition et \u00e9mancipation des femmes ?<br \/>\n<\/strong>Il est en effet le lieu de ce conflit, qui se produit \u00e0 travers la d\u00e9construction des relations de genre, ainsi que des intersubjectivit\u00e9s propres aux diff\u00e9rences culturelles, en faisant le proc\u00e8s de la domination qui pr\u00e9vaut dans le maintien d\u2019une tradition culturelle et d\u2019un \u00e9tat hybride et douloureux de soumission des femmes, celui qu\u2019elles connaissent depuis des si\u00e8cles d\u2019imposition de cultures patriarcales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ton travail est-il ainsi une mani\u00e8re de questionner ces prescriptions culturelles ?<br \/>\n<\/strong>Il s\u2019agit d\u2019un questionnement face \u00e0 la perception externe des cultures minoritaires et ancestrales qui, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, sont vues comme de simples manifestations exotico-monumentales et d\u2019un autre, sont vues avec indiff\u00e9rence par une approche paternaliste o\u00f9 elles se voient r\u00e9duites \u00e0 des objets de contemplation et de recherche. Mon travail montre cette dimension violente et cruelle \u00e0 travers une subtile d\u00e9monstration po\u00e9tique de tol\u00e9rance culturelle. Il met \u00e9galement en sc\u00e8ne les probl\u00e8mes de n\u00e9ocolonisation, ou bien encore le caract\u00e8re compl\u00e9mentaire de perspectives divergentes entre hommes et femmes, la cohabitation oblig\u00e9e et la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019abandon de l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Et comment envisages-tu ce processus d\u2019interculturalit\u00e9, par exemple avec l\u2019usage d\u2019intertextes en anglais, espagnol et k\u2019ekchi\u2019 ?<br \/>\n<\/strong>Il s\u2019agit d\u2019un acte politique, l\u2019action de la diff\u00e9rence comme possibilit\u00e9 de r\u00e9sistance.<br \/>\nEntendu comme Nestor Garc\u00eda Canclini le propose, il s\u2019agit aussi de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 comment \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces espaces de diff\u00e9rence, in\u00e9galit\u00e9s et d\u00e9connexions sociales et culturelles, on peut rencontrer des points d\u2019intersection par rapport \u00e0 l\u2019autre. Ainsi s\u2019\u00e9vanouit l\u2019exaltation indiscrimin\u00e9e de la fragmentation, parce qu\u2019\u00e0 travers la langue, nous pouvons communiquer et rencontrer des points de communion, dans ce cas symbolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pourrais-tu expliciter le projet de <em>Deformaci\u00f3n # 33<\/em> et <em>Tus tortillas mi amor<\/em> et la relecture et mise en sc\u00e8ne contemporaine de gestes ancestraux qui s\u2019y jouent ?<br \/>\n<\/strong>Dans <em>Deformaci\u00f3n # 33,<\/em> je r\u00e9alise une interpr\u00e9tation esth\u00e9tique des gestes anciens de torture \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la culture maya, sp\u00e9cifiquement la d\u00e9formation cr\u00e2nienne \u00e0 laquelle une femme enceinte est soumise. Avant, ces artefacts \u00e9taient utilis\u00e9s sur les nouveaux-n\u00e9s et les enfants, dans le but d\u2019imposer des canons de beaut\u00e9 et de marquer l\u2019appartenance \u00e0 une \u00e9lite. Dans cette vid\u00e9o, on montre une interpr\u00e9tation esth\u00e9tique contemporaine puisque c\u2019est la femme qui se soumet elle-m\u00eame \u00e0 ces objets. Dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne, elle est assise \u00e0 un pupitre, \u00e9crivant de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9titive le texte \u00ab D\u00e9formation cr\u00e2nienne \u00bb, avec l\u2019artefact pos\u00e9 sur le front, comme symbole de toute la d\u00e9formation culturelle \u00e0 laquelle se voient soumises les femmes quand elles naissent, \u00e9tant enfants et adultes. Dans la sc\u00e8ne suivante, elle se positionne dans un objet dans lequel elle tire une corde et s\u2019\u00e9vertue \u00e0 se soumettre \u00e0 la torture. En Am\u00e9rique latine et dans les pays les moins d\u00e9velopp\u00e9s, c\u2019est la femme qui reproduit et h\u00e9rite des m\u00eames comportements, puisque c\u2019est elle qui \u00e9l\u00e8ve et \u00e9duque ses enfants. Dans la vid\u00e9o <em>Tus tortillas, mi amor<\/em>, je joue avec l\u2019espace-tem<br \/>\nps puisqu\u2019il s\u2019agit aussi d\u2019une interpr\u00e9tation actuelle d\u2019une pratique maya ancienne. Une femme\u00a0 m\u00e9tisse tente de s\u00e9duire la culture maya \u00e0 laquelle elle n\u2019appartient pas, mais \u00e0 laquelle elle aimerait de mani\u00e8re romantique appartenir. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, elle r\u00e9alise les tortillas pour son aim\u00e9, auquel elle joue un tour pervers, puisque celui-ci ne se rend jamais compte du processus de r\u00e9alisation des tortillas. Il s\u2019agit aussi d\u2019un acte de r\u00e9bellion et de sabotage, une femme se lib\u00e9rant d\u2019une condition culturelle actuelle \u00e0 travers un rituel ancestral.<br \/>\nM\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019actions performatives, la vid\u00e9o, dans sa dimension artistique, est ce qui donne son sens \u00e0 des actions intimes qui ne sont pas forc\u00e9ment faites pour des performances publiques.<\/p>\n<p>Entretien in\u00e9dit r\u00e9alis\u00e9 en aout 2008 par Kantuta Quir\u00f3s &amp; Aliocha Imhoff, traduction de<br \/>\nl\u2019espagnol par Kantuta Quir\u00f3s.<\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sorry, this entry is only available in Fran\u00e7ais.Nous reprenons ici l&#8217;entretien que nous avions publi\u00e9 sur le blog&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5912,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":{"0":"post-243","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles"},"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/243","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=243"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/243\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5912"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=243"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=243"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepeuplequimanque.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=243"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}