Ciné-forum, 23 novembre 2011, 20h30
en présence de Lionel Soukaz, cinéaste

Dead Dreams of Monochrome Men de DV8 Physical Theatre
(1988, 50 min, réalisé par David Hinton – Chorégraphie  Lloyd Newson)

dv8deaddreams2.jpgLa compagnie de danse contemporaine DV8 Physical Theatre fondée par Lloyd Newson en 1986 agite la scène anglaise depuis vingt-cinq ans : à travers la production de films et de spectacles pluridisciplinaires, renvoyant de la réalité sociale une image équivoque et dérangeante. Le nom de la compagnie se réfère à Dance and Video 8 (super 8 mm) et joue sur le mot anglais deviate, signifiant déviant ou pervers. Ce nom fut en partie choisi en raison des nombreux films vidéo que produit la compagnie pour la présentation de leur travail, en plus des représentations sur scènes. Dead Dreams of Monochrome Men est une chorégraphie inspirée du tueur en série Dennis Nilsen qui sévit à Londres au début des années 80 et aborde le thème du sida. DV8 a construit un fabuleux ballet de corps, dans un lieu de drague, loin du spectacle filmé : gros plans, noir et blanc fascinant, frôlements de peaux, regards dévorants.

Requiem de Lionel Soukaz (2003-2007, 5 min)
IXE de Lionel Soukaz (1980, 48 min)

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« L’œuvre de Lionel Soukaz est toute entière confondue avec une pratique expressive et fiévreuse du cinéma expérimental. Celle-ci, par l’entremise du journal filmé, se nourrit de la chronique autobiographique et intensifiée d’une vie affective et homosexuelle dissidente : tantôt communautaire, tissée d’amitiés électives ; tantôt solitaire, engagée dans une quête de la brûlure orgastique, de la drogue, des amours éperdues. De manière indissociable, Lionel Soukaz, héritier du cinéma militant, érige un contre-cinéma dont la dimension pamphlétaire s’ancre dans une esthétique minoritaire qui utilise les propriétés intensives du montage pour opérer un sabotage des représentations dominantes. Un démontage critique qui explore différents registres : du brûlot (Boy friend 2, 1977), à la mise en perspective historique (Race d’Ep, 1979) en passant par la captation documentaire des luttes (La Marche gaie, 1980; Requiem (2003-2007)), jusqu’au recyclage hallucinatoire des images mis au service d’une explosion sensorielle, sexuelle, politique (Ixe, 1980) ou une écriture de soi, élégiaque, par la constitution de chroniques filmées au long cours (de 1991 à aujourd’hui). Nourri des philosophies du Désir  et des littératures contestataires des années 1970 (Deleuze, Foucault, Guérin, Shérer), il fait la rencontre déterminante de Guy Hocquenghem, écrivain flamboyant et fondateur en 1971 du Front homosexuel d’action révolutionnaire. Se plaçant sous le signe de cette homosexualité radicale, il conçoit alors un cinéma pensé comme arme, lieu d’expression de vies marginales et de reformulation active de leurs conditions d’existence. C’est en 1980 qu’il réalise un de ses films les plus importants, Ixe, comme une provocation contre la censure, citant toutes les images interdites par la Commission de contrôle. Double visuel du Visa de Censure n° X de Pierre Clémenti, cinéaste chéri entre tous, le film cause une déflagration esthétique qui tient notamment à la dimension subliminale et convulsive de mises en scène blasphématoires, digérées par le défilement du ruban des images. Lionel Soukaz arrache au cinéma expérimental ses capacités de dévoration frénétique et de resignification des images existantes, forgeant un cinéma de la vitalité et de la pulsion sexuelle, porté par des zébrures rageuses et sardoniques. Entre cérémonie funèbre et geste pop, une tristesse crue s’exhale des parasitages sonores itératifs, des boucles musicales entrecoupées qui nourrissent la disjonction ironique de la bande-son et s’entrechoquent avec le multi-écrans, les solarisations et surexpositions, entremêlant réalités subjective et collective. Une logique du fantasme où l’œil, le sexe, la pensée et le filmer se confondent au service d’une hypersensorialité. Entre énergie sombre et pure puissance de vie, l’extase de la drogue et d’une sexualité désespérée y est préfiguratrice des années d’hiver, les années 1980, années sida, dont il sera un rescapé.
Lionel Soukaz signe, depuis 1991, plus de 1000 heures de journal vidéo, de ciné-tracts et de poèmes visuels. Son Journal Annales autoproduit s’attache à la mélancolie de la fuite du temps et de la perte, aux vies queer ou prolétaires qui l’entourent, pour mieux constituer une fabuleuse archive des cultures minoritaires et militantes des vingt dernières années. » (Kantuta Quirós & Aliocha Imhoff)

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