EHESS – 96, Bd. Raspail, Paris
Salle M. et C. Lombard

Issues de trois propositions indépendantes, ces journées d’études regroupées sur le titre Dialogues, écarts et dissonances: l’Amérique Latine, au-delà de ses limites géographiques, témoignent de l’intérêt croissant pour repenser la place de l’Amérique Latine dans le contexte socio-politique mondial. Cet intérêt est lié à l’émergence des nouvelles perspectives dans les sciences humaines et sociales, amenant à reconsidérer certaines catégories conceptuelles, politiques et culturelles. C’est dans cette voie que nous essayerons d’établir le dialogue entre artistes, doctorants et chercheurs provenant de différentes disciplines.

Il s’agira, avant tout, d’organiser trois moments de travail et d’échange autour de la recherche et de la production artistique moderne et contemporaine. A partir de différentes perspectives, chaque séance tentera de faire le point sur l’état de la recherche et de se confronter à des nouveaux questionnements épistémiques et méthodologiques.

Les trois journées d’études :

1/06/2011  Représentations et réception : éléments pour penser les arts et l’Amérique Latine
3/06/2011  Cuestionamiento 1: Recherches sur l’art en Amérique Latine
6/06/2011 Couple, Genre et Territorialité dans la « création » artistique (XXe – XXIe)


Programme complet – PDF

Brochure – PDF
Blog des journées d’études

 

Programme de la journée du 3 juin 2011
Cuestionamiento 1: Recherches sur l’art en Amérique Latine

9h30 Accueil et présentation
10h-12h30  Pratiques artistiques et construction de discours
Modérateur : Angélica Montes
Annabela Tournon. Le Mexique est-il au « Sud » ? L’art conceptuel mexicain et le projet historiographique des Conceptualismes
Xelo Bosch – Cyrille Lapenteur. Las obras de los obreros
Mabel Tapia. Red Conceptualismos del Sur : Conceptualisme et Sud comme catégories politiques
Alberto Bejarano. Roberto Bolaño : la fiction et ses allés-retours

12:45 – 13:45 Pause déjeuner

14h-15h45  Rapports entre critique et histoire
Modérateur:
Carolina Pineda Catalan. Les manières « alternatives » d’exposer l’art actuel au Chili: Quel regard des critiques et historiens de l’art?
María Soledad García. Le jeu d’oppositions dans le récit de l’histoire de l’art en Amérique latine : une fiction nécessaire pour penser l’art du vingtième siècle.
Alain Alberganti. L’espace critique des installations du plasticien Cildo Meireles

16h-17h45  Circuits de production et légitimation
Modérateur: Carolina Ariza
Gabriela Rivadeneira. Comment boucher les trous sans périr dans la tentative ? Radiographie d’une démarche : le CEAC et la scène artistique de l’Équateur.
Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff. La Paz – Paris – Madrid – La Paz : circulations, réceptions et devenir-artiste de l’oeuvre de Mujeres Creando
Mildred Duran. De l’affranchissement de l’adversité à l’insertion des nouveaux circuits idéologiques ? Des nouvelles tactiques de résistance – Quelques expériences des générations d’artistes contemporains d’aujourd’hui en Amérique Latine

18 :00 Pot de clôture


Résumé de l’intervention de Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff.

La Paz – Paris – Madrid – La Paz : circulations, réceptions et devenir-artiste de l’oeuvre de Mujeres Creando.

Mujeres creando est un collectif fondé à La Paz, Bolivie en 1992. Dès ses débuts, il a su entremêler des problématiques féministes et postcoloniales à des stratégies de resignification sémantique, à partir d’un usage disruptif de la télévision ou d’interventions urbaines. D’emblée, et de manière volontariste, le collectif a rejeté tout statut d’artiste, et s’est posé comme mouvement social. Sa démarche constitue aujourd’hui encore une influence notable pour les mouvements féministes, subalternistes, en Amérique latine, en Europe, ou aux Etats-Unis.
A partir des années 2000, le monde de l’art a manifesté un intérêt certain pour la démarche du collectif : invité par le Reina Sofia à Madrid à la Muestra de Arte Contemporáneo Latinoamericano de Vanguardia en 2000, à la 27ème Biennale de Sao Paulo en 2006. Ses vidéoactions ont intégré les collections du MUSAC, musée d’art contemporain de Castillo y Léon. Mujeres creando a participé récemment à l’exposition itinérante Principio Potosí. ¿Cómo podemos cantar el canto del Señor en tierra ajena?, coproduite en 2010 par le Musée Reina Sofia, et accueillie notamment plus tard au Musée National d’Art et au Musée d’Ethnographie de la Paz. L’exposition Principio Potosí, envisagée comme l’indique le directeur du Reina Sofia, Manuel Borja Villel, comme un des « projets les plus risqués et les plus importants du Reina Sofia », a eu pour ambition de repenser le concept de modernité et décentrer son origine européenne, pour l’attribuer à la ville-monde de Potosi, en Bolivie,  entendue comme « principe », à la fois fondement et paradigme de la modernité et du capitalisme. Construite comme un palimpseste, cette exposition fait date et s’inscrit dans un projet vivace actuellement de reformulation  des rapports avec l’Amérique latine. Ainsi, cette ambition était également affichée récemment par l’accrochage des collections permanentes du MUSAC, intitulé Modelos para armar. Pensar Latinoamérica desde la Colección MUSAC, en 2010, qui – à l’image du roman expérimental de Julio Cortazar 62/ Modelo para armar (1968) – tentait de reconstruire de façon non-linéaire de nouveaux récits historiographiques et repenser l’Amérique latine comme catégorie.
Nous souhaitons interroger ce glissement d’une pratique de télévision, comme médium populaire ou de masse, vers le lieu du musée, que l’on pourrait envisager à l’instar de l’artiste allemande Hito Steyerl, comme usine sociale et espace d’une autre lutte sémiotique. Il s’agira donc ici, pour répondre à la problématique de cette table ronde, d’envisager les circuits de production comme autant de formes, en s’arrêtant sur quatre hypothèses de diffusions : la télévision, la rue, le musée et l’usine.

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